A n’en pas douter, l’absentéisme fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur, laissant de plus en plus les entreprises désemparées. Au regard des différentes études et enquêtes qui portent sur le sujet, est-il possible de dresser un portrait-robot de l’absentéisme ? Quels sont les secteurs concernés ? Peut-on dessiner le profil type du collaborateur sujet à l’absentéisme ? Quel rôle joue le management ou encore l’organisation du travail ? État des lieux.
  1. Les services et la santé, ces secteurs champions de l’absentéisme
  2. Grandes entreprises vs PME : qui sont les plus concernées ?
  3. Les collaborateurs les plus touchés
  4. Le management et l’organisation du travail en question

Les services et la santé, ces secteurs champions de l’absentéisme

L’absentéisme a augmenté de 16% entre 2014 et 2018, rapporte une étude dévoilée en août 2019 par Gras Savoye Willis Towers Watson (GSWTW). Un constat corrélé par le 11e Baromètre de l’absentéisme et de l’engagement d’Ayming. L’étude précise en effet que le taux d’absentéisme a connu une croissance de 8% en un an, atteignant 5,10% en moyenne. Si tous les secteurs d’activité sont concernés, les services et la santé sont les deux industries qui sortent du lot avec des taux supérieurs à la norme.
Ainsi, 46% des salariés du secteur de la santé humaine, c’est-à-dire travaillant dans les activités liées aux soins des personnes dans le privé, ont déclaré au moins un arrêt maladie dans les douze derniers mois précédents l’enquête réalisée courant 2019 par Malakoff Humanis. Un chiffre qui passe à 50% dans les transports, l’énergie et les télécommunications. A noter que dans l’hôtellerie-restauration, 25% des salariés se sont vu prescrire plus de trois arrêts maladie sur la période.

Grandes entreprises vs PME : qui sont les plus concernées ?

Il est également intéressant de souligner que 28 % des arrêts maladie prescrits ne sont pas respectés. Pour justifier leur retour au travail contre avis médical, les collaborateurs avancent que :
  • « se laisser aller » n’est pas dans leurs habitudes (39%) ;
  • la non prise en charge des jours non travaillés (jour de carence par exemple) les pousse à reprendre le travail (37 %) ;
  • l’impossibilité de déléguer leurs tâches les contraint à travailler (22%) ;
  • la crainte d’une surcharge de travail à leur retour les encourage à revenir dans l’entreprise (21%).
Les organisations de moins de 250 salariés sont les plus touchées par ce phénomène, car le manque de ressources internes ou le non-maintien du salaire les trois premiers jours d’arrêt y sont plus fréquents. Aussi, « les arrêts maladie sont davantage pris dans les grandes entreprises (+ de 250 salariés) : 79% contre 72% pour l’ensemble des arrêts. Le respect de l’arrêt maladie varie également en fonction de sa durée : les arrêts longs sont respectés à 90%, les moyens à 67% et les courts à 75% ».

Les collaborateurs les plus touchés

Y a-t-il des caractéristiques communes entre les collaborateurs en arrêt maladie ? Pour Julien Remy, expert QVT pour le cabinet GSWTW, « […] l’absentéisme augmente avec le faible niveau de qualification, la pénibilité au travail et le manque d’engagement ». Au sein d’un même secteur, il existe donc des disparités selon le métier exercé. Aide-soignant, manutentionnaire, vendeur ou encore ouvrier peu qualifié apparaissent comme des populations à surveiller à la fois parce qu’elles bénéficient de rémunérations plus faibles et qu’elles se révèlent plus souvent exposées aux risques psychosociaux (RPS). De manière très caricaturale, le portrait-robot de l’absentéiste 2019 serait une femme travaillant dans le secteur de la santé, sous un statut non-cadre et âgée de plus de 55 ans ! Car le genre et l’âge se révèlent bien des paramètres à prendre en compte. En effet, les femmes sont plus absentes avec un taux de 5,73 % contre 3,83 % pour les hommes. « […] La grossesse explique 30 % de la différence d’arrêts maladie (les congés parentaux y étant assimilés) entre hommes et femmes, et plus des trois quart des écarts avant 35 ans », peut-on lire dans un rapport de la DREES intitulé Comprendre les différences entre hommes et femmes de recours aux arrêts de travail. D’autres facteurs non négligeables sont également à souligner comme le fait qu’elles occupent plus que les hommes des statuts précaires et qu’elles exercent souvent des fonctions pouvant être à l’origine de troubles musculo-squelettiques. Le rapport de la DREES précise : « Nous retrouvons dans la répartition des hommes et des femmes […] le fait stylisé selon lequel les salariés mieux rémunérés prennent moins d’arrêt de travail. » Concernant l’âge, le taux d’absentéisme atteint jusqu’à 7,40 % passé 56 ans (contre 2,48 % chez les 25 ans et moins). Cependant, la hausse de l’absentéisme de plus de 90 jours concerne essentiellement les collaborateurs de 40 ans et moins, avec une augmentation de 23 % (contre 9% pour les 41 ans et plus), rappelle le Baromètre 2019 d’Ayming. Les maladies professionnelles ainsi que les conditions de travail difficiles sont là encore des causes avancées pour expliquer le phénomène croissant.

Le management et l’organisation du travail en question

Mais les salariés s'absentent également pour d'autres raisons que celles liées à leur état de santé : 16 % déclarent avoir sollicité au moins un arrêt pour d’autres motifs, d’après un sondage mené par l’Ifop en 2019. Pour 21 % d’entre eux, c’est une absence de motivation ou une lassitude voire une fatigue mentale liée au travail qui serait en cause. Selon l’institut de sondage, « on observe par ailleurs une surreprésentation des salariés ayant déjà sollicité un arrêt de travail pour des raisons autres que la santé chez les personnes ayant ressenti des difficultés entraînant un temps de déplacement supplémentaire ». Afin de faciliter le quotidien des collaborateurs, des entreprises proposent : La mise en place d’actions correctives reste faible : seules 48 % des entreprises ont déployé au moins l’une de ces solutions. Si l’organisation du travail a un impact sur l’absentéisme, le management aussi. Une étude de l’institut Sapiens pointe du doigt des défaillances managériales. Et pour cause, le manque de reconnaissance, l’autoritarisme, l’absence de communication, la faible autonomie des collaborateurs, la surcharge de travail... peuvent provoquer un absentéisme dit « comportemental », qui commence par des absences courtes et répétées. Pourtant, le mode participatif, le renforcement de la cohésion d'équipe, mais aussi la conciliation des temps de vie professionnelle et personnelle demeurent autant de leviers pour améliorer l’engagement des collaborateurs et agir sur l’absentéisme. Beaucoup d'entreprises considèrent qu'elles ne peuvent pas agir sur les absences longues, dont l'origine est souvent la maladie. Or, la prévention des risques est essentielle avec, entre autres, l'adaptation du poste de travail, l'aménagement de parcours en fin de carrière, ou tout simplement l'amélioration des conditions de travail.
Face à l’absentéisme, la qualité de vie au travail s'avère un facteur déterminant pour réduire le phénomène. Il est alors nécessaire d'augmenter les actions préventives et de s'interroger sur les transformations à mettre en œuvre, tant sur le plan opérationnel que stratégique. Un récent rapport du Sénat souligne qu’« il conviendrait que chaque entreprise ait connaissance de son profil d’absentéisme en comparaison avec les autres entreprises de son secteur d’activité ». Mesurer, agir et surveiller apparaissent comme la feuille de route à suivre. Sans oublier d’embarquer les managers qui se révèlent au cœur de ces transformations.