Les études successives le montrent : en matière d’absentéisme, la France n’obtient pas les meilleurs résultats d’Europe. Les entreprises françaises semblent mener une politique de l’autruche. Et s’il était temps pour la fonction RH de regarder l’absentéisme droit dans les yeux et d’activer au plus vite les leviers de l’engagement ?

  1. Absentéisme : une Europe contaminée
  2. Quand la fonction RH regarde l’absentéisme droit dans les yeux
  3. Embarquer le management, un facteur de réussite

Absentéisme : une Europe contaminée

La France, championne d’Europe de l’absentéisme ? Sans en détenir la palme, notre pays sort bien son épingle du jeu d’après le 11e Baromètre de l’absentéisme et de l’engagement d’Ayming. Avec 18,6 jours d’absence en moyenne par collaborateur en 2018, l’Hexagone fait partie du peloton de tête, devancé, entre autres, par l’Italie avec 19 jours d’absence par an (2017). A ce stade, il convient de rappeler que ces chiffres concernent les arrêts maladie et ne comprennent pas les congés payés.

Si l’on s’attarde sur les taux moyens enregistrés à travers l’Europe, l’absentéisme atteint 5,1 % en France contre 5,54 % en Belgique, 5,9 % en Norvège, 4,3 % au Pays Bas, 3,88 % au Luxembourg ou encore 2 % en Grande Bretagne. Et force est de constater que quel que soit le territoire observé, les absences au travail ne cessent de progresser depuis une dizaine d’années. Il ne s’agit donc pas d’une exception française. L’Europe est contaminée.

En France, l’absentéisme a ainsi augmenté de 8 % en un an, quand la part des absences de trois mois et plus a grimpé de 10 % entre 2017 et 2018. Et cela a un coût. Selon le gouvernement, le poste des arrêts maladie augmente de 4 % en moyenne par an. Les pertes pour les entreprises et donc pour la croissance française, s’élèveraient à 107,9 milliards d’euros, soit 4,7 % du PIB .

Quelle stratégie mettre alors en place pour que la France parvienne (enfin) à faire reculer l’absentéisme en entreprise ? Et peut-être même à montrer l’exemple pour se placer parmi les bons élèves de l’Europe ?

Quand la fonction RH regarde l’absentéisme droit dans les yeux

C’est un fait : les organisations doivent s’intéresser concrètement au sujet. Depuis 11 ans maintenant, le cabinet de conseil Ayming propose son Baromètre qui a mis en exergue sur l’édition 2019 que l’absentéisme ne semblait pas une priorité pour les employeurs. « Certaines entreprises vont même jusqu’à exclure les absences de longue durée [de leur] calcul », démontrant si tant est que le sujet reste sensible voire tabou dans le milieu du travail. Les Ressources Humaines ne sont pas seules concernées : comment peuvent-elles, aux côtés de la direction et des managers, réfléchir ensemble à des solutions concrètes ?

Bien mesurer l’absentéisme est une première étape clé pour analyser avec précision le phénomène. Il convient ensuite de déterminer ses causes majeures (problèmes de santé, environnement de travail, contexte familial…) afin d’apporter des réponses adaptées et le surveiller. A titre d’exemple, les actions suivantes pourront être envisagées :

  • prévention, notamment aux risques psychosociaux ;
  • amélioration de l’hygiène de vie au travail 
  • flexibilité et adaptabilité du travail.

En résumé, la fonction RH est invitée à poursuivre ses efforts en matière de QVT (qualité de vie au travail) et de mieux vivre en entreprise, afin de développer une politique cohérente et efficiente, qui doit être encouragée par la direction.

Embarquer le management, un facteur de réussite

La corrélation entre la motivation des collaborateurs et la baisse de l’absentéisme a pourtant été maintes fois prouvée. Lors de la 10e conférence internationale des stratégies du management par exemple, il a été rappelé que la fonction RH, dans son rôle stratégique, devait s’affairer à favoriser la motivation afin d’améliorer in fine les performances des collaborateurs, individuelles et collectives.

Les experts se sont appuyés sur l’étude de cas du groupe italien Hera, spécialisé dans la production et la distribution d’électricité et de gaz ; et classé désormais parmi les meilleurs employeurs du pays. Ils ont établi que fluidifier la communication entre les différents acteurs de l’entreprise, pourtant composée de 8 500 salariés, et donner la possibilité aux managers de jouer un rôle clé auprès de leurs équipes, permet de sortir d’une posture défaitiste face à l’absentéisme.

En prenant en compte les arrêts maladies, mais aussi les congés payés, les absences sans motif ainsi que le manque de ponctualité et le non-respect des horaires de travail, les rédacteurs du rapport estiment que l’absentéisme coûtait au groupe italien 1,5 % de sa masse salariale avant de revoir sa gestion du capital humain basée sur une responsabilisation des parties prenantes !

Travailler sur les leviers de l’engagement des collaborateurs est donc essentiel. Rappelons que seuls 6 % des travailleurs français se disent engagés contre 10 % en moyenne en Europe.

Ces dernières années, pour faire face aux absences et donc au besoin de main d’œuvre, le recours à l’intérim a explosé en France. En quatre ans, 280 000 personnes sont venues gonfler les effectifs. Or, l’intérim ne peut à lui seul faire figure de variable d’ajustement. Réinvestir sur le capital humain en présence, faire face aux besoins ponctuels en affectant des ressources internes sont autant de voies à suivre afin d’innover et de développer de bonnes pratiques… qui seront alors probablement imitées dans toute l’Europe.

 

États-Unis : absentéisme versus présentéisme

Les États-Unis enregistrent un taux d’absentéisme au travail de 2,8 % . Des absences imprévues qui coûteraient à l’entreprise entre 2 650 à 3 600 dollars par collaborateur. Pour autant, le nouveau cheval de bataille outre-Atlantique se porte désormais sur le présentéisme, phénomène qui coûterait . Venir sur son lieu de travail alors même que son état de santé ne le permet pas et exigerait un arrêt maladie, impacte de manière négative les performances de l’entreprise. Le Center for Law and Social Policy, organisme préconisant des politiques pour l’amélioration de la vie des personnes à faible revenu, a dévoilé que les entreprises finançant les arrêts maladies de leurs employés enregistraient moins de turnover et affichaient une meilleure productivité que les autres. De quoi nourrir la réflexion outre-Atlantique.