Montrée du doigt à l’occasion de la crise du coronavirus, la “gig economy” fait face à une contestation bien plus ancienne. Les difficultés actuelles vont lui être salutaires en la rapprochant des bonnes pratiques dont les entreprises ont besoin et des vrais enjeux de celles-ci. En réalité, la période de confinement et les vagues de déconfinement qui s’annoncent montrent toute l’utilité de la gig economy dans la relance de l’économie.
  1. Le concept de gig economy et son évolution
  2. Une couverture sociale qui reste nécessaire
  3. Du bon usage de la gig economy dans la relance de l’économie

Le concept de gig economy et son évolution

La gig economy fait référence aux musiciens professionnels de petites scènes qui passent leur temps à courir le cachet (“gig” signifiant “concert” en anglais). Cette notion caractérise bien le marché des contrats courts et missions indépendantes. Née aux USA il y a une décennie déjà, la gig economy s’est déployée à vitesse grand V, y compris en Europe. Elle comprendrait :
  • 35 millions de personnes concernées aux Etats-Unis (Metlife, 2019), soit 25% des personnes actives
  • 4,7 millions de freelances et “zero hour job” au Royaume-Uni (TUC, 2019), soit 15% du marché du travail
  • 930 000 freelances (étude Malt, 2019) et 1,3 million de micro entrepreneurs (Urssaf, 2018) en France, soit entre 3 à 4,45% des personnes ayant un travail.
Les entreprises qui encouragent fortement le développement du statut de travailleur indépendant y voient un important gisement de main d’œuvre à coûts réduits, allant de profils peu qualifiés à très spécialisés. En effet, elles n’ont pratiquement pas de charges à supporter, notamment en termes de protection sociale, celle-ci étant assumée par les indépendants eux-mêmes. Pourtant, dès 2018, la justice américaine et britannique, puis française en 2020, ont recadré la situation suite aux saisines de freelances. Ces derniers ont eu gain de cause et l’entreprise en question, Uber pour ne pas la citer, a été condamnée pour requalification en CDI. Ces décisions rappellent le principe d’une relation salariale :
  • une prestation
  • une rémunération
  • un rapport de subordination sur la tâche à réaliser, caractérisé par une direction, un contrôle et une sanction éventuelle.

Une couverture sociale qui reste nécessaire

Dans le système actuel, le risque est entièrement assumé par les travailleurs indépendants, ce qui remet en question tout un pan du modèle social français, et pas seulement le respect du sacro-saint SMIC-horaire. La crise du COVID-19 montre que les indépendants ne bénéficient d’aucune protection en cas de baisse de rémunération ou d’arrêt d’activité à l’occasion d’événements exogènes. Une protection qu’ils ne peuvent pas organiser par eux-mêmes. Étant de plus en plus nombreux, ils s’exposent à une concurrence extrême, et se voient trop souvent contraints et forcés de brader leurs tarifs ou de rallonger inexorablement leurs journées. Certains pays ont poussé très loin le concept de gig economy. Le Royaume-Uni, par exemple ! Son contrat “zéro hour job”, un CDD, vient concurrencer les freelances : l’employeur ne fait travailler le salarié que lorsqu’il en a besoin, sans obligation de donner des heures de travail chaque semaine et sans aucun délai minimum obligatoire pour prévenir le salarié. Cette orientation politique explique le dynamisme du marché du travail britannique, mais aussi sa vulnérabilité. Sans surprise, le gouvernement de Boris Johnson n’a pas tergiversé longtemps pour débloquer fin mars une aide exceptionnelle de 2 500 livres par mois, soit l’équivalent de 80% des revenus mensuels perçus en temps normal. Et ce pour une durée d’au-moins trois mois, afin de limiter l’impact de l’arrêt temporaire de l’économie lié au confinement.
De leurs côtés, les États-Unis et la France ont été moins généreux. Les premiers envoient, avec le nom du Président, un chèque d’un montant pouvant aller jusqu’à 1 200 dollars à tous les Américains, donc pas spécifiquement aux travailleurs indépendants. La seconde a choisi la constitution d’un fond de solidarité pour verser une indemnité exceptionnelle de 1 500 euros par mois si le chiffre d’affaires baisse de plus de 70%. S’y ajoutent des reports de paiement de cotisations, des facilités concernant les paiements et acomptes d’impôts, voire l’accès au chômage. Une ordonnance prévoit aussi le gel du paiement des factures d'eau, d'électricité et de gaz, et annule même les frais d'éventuels impayés de loyers. L’ensemble de ces interventions reflète tout ce qu’il faut changer. L’Etat doit oser réguler en accompagnant ces transformations économiques et sociales, avec un encadrement du marché du travail plus léger et moins pesant sur les entreprises, ainsi que la mise en place d’une protection sociale universelle à l’image du projet de retraite universelle avorté.

Du bon usage de la gig economy dans la relance de l’économie

Ce n’est pas le seul changement pour la gig economy, qui doit s’orienter vers un modèle vertueux. Aujourd’hui, c’est une évidence, son rôle s’annonce décisif pour la relance de l’économie dans les prochains mois, en apportant la fluidité qui pourrait faire défaut. Oui, la gig economy a une utilité indiscutable qui la place à la convergence de plusieurs facteurs : le besoin accru d’indépendance et de flexibilité des nouvelles générations de travailleurs, les réseaux sociaux qui sont de plus en plus efficaces et usités sur le marché de l’emploi, et un besoin croissant de flexibilité à coût maîtrisé de la part des entreprises. Cette généralisation du recours aux freelances modifie en profondeur les habitudes des entreprises, les ouvrant à une culture plus agile et les poussant à être plus innovantes. Et sans doute plus encore avec le confinement. Mais cet usage pose un défi désormais fondamental : comment capitaliser à long terme une main d’œuvre volatile ? Les mauvaises pratiques développées sur  les “petits boulots” et les tâches peu qualifiées ont détourné la gig economy des vrais enjeux auxquels elle peut répondre de façon pertinente et efficace. Or, la capitalisation des connaissances et la transmission de compétences est un enjeu vital au sein des entreprises pour assurer leur pérennité et la qualité de leurs produits ou services. Cela implique une certaine permanence des effectifs. La multiplication des contrats courts et des missions éphémères génère un turnover très élevé. Dès lors, les entreprises en sont venues à miser sur la formation pour ne pas basculer dans une économie de l’approximation avec des prestations peu qualitatives, tout en veillant au bon équilibre de leur ratio freelance / salariés. En fait, elles ont tout à gagner à considérer ces travailleurs indépendants comme des experts - ce qu’ils sont - et non une simple main-d’œuvre facilement remplaçable. Et en interne, elles ont tout intérêt à encourager, sur la base du volontariat, les mobilités de personnel pour réguler les charges d’activité et optimiser les temps de travail. Telles sont les conditions de réussite pour la gig economy.
La crise du covid-19 a montré la pertinence de fluidifier les besoins de personnel en favorisant les mobilités internes quand une entreprise intervient sur plusieurs sites, et entre entreprises quand l’une connaît une baisse d’activité et l’autre une hausse. Plus encore, notre plateforme facilite le service rendu au client en réduisant au maximum les postes temporairement vacants pour arrêt de travail. Parallèlement, le niveau d’employabilité demeure élevé pour les collaborateurs et les indépendants demandeurs de mobilité, ce pour une rémunération juste et équilibrée.