Compte personnel de formation (CPF) : un bilan mitigé

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Deux ans et demi après l’entrée en vigueur du CPF (compte personnel de formation), quel bilan dresser de cet outil ? Instance réunissant l’État, les régions, les partenaires sociaux et les principaux opérateurs du secteur, le Cnefop vient de s’y employer dans un rapport présenté le 27 juin à la ministre du Travail. Si le rapport salue la montée en puissance du CPF, il pointe aussi les faiblesses d’un système « incontestablement complexe ». L’occasion pour nous de passer en revue les succès et les aspects posant question d’un dispositif qui ne fait pas encore l’unanimité.

Des succès à saluer

Pour mémoire le CPF, dont la contribution s’élève à 0,2 % de la masse salariale brute (pour les entreprises de plus de 10 salariés), est attaché à une personne tout au long de son parcours professionnel. Il répond en cela mieux que le DIF, qu’il remplace, à l’évolution d’un monde de travail dans lequel une carrière passée au sein d’une ou deux entreprises au plus est désormais l’exception. Le principe est celui d’un nombre d’heures créditées chaque année sur le compte de chaque actif. À titre d’exemple, un salarié à temps plein bénéficie de 24 heures par an jusqu’à 120 heures, puis de 12 heures par an, avec un plafond de 150 heures.

Après une mise en place chaotique, le CPF semble avoir réussi à convaincre les entreprises et les salariés selon le rapport du Cnefop. DRH et observateurs du monde de l’entreprise constatent sur le terrain, depuis l’été 2016, une montée en puissance du compte. Celui-ci a modifié la manière dont les entreprises gèrent leurs budgets et achats de formations.

De leur côté, les salariés – ils sont 84% à connaître l’existence du CPF d’après une récente enquête de Demos – commencent à s’approprier l’outil et 497 501 dossiers ont été validés en 2016. On note, cependant, que les utilisateurs du compte sont surtout les demandeurs d’emploi (321 595, le double de 2015), la part des dossiers émanant des salariés restant deux fois moindre (175 906, soit tout de même quatre fois plus que l’année précédente). Par ailleurs, la majorité des bénéficiaires se situe au plus bas niveau de qualification, et ce sont les 26-49 ans qui se servent le plus de leur compte.

De nombreux points qui posent question

Si le succès est bien là d’un point de vue quantitatif, un certain nombre d’éléments et de chiffres montre que le CPF ne répond que très partiellement aux objectifs qui ont présidé à sa création.

> Une utilisation du CPF éloignée de l’objectif initial

L’utilisation faite du CPF est en décalage avec une mesure visant surtout, au départ, à créer des passerelles d’un métier à un autre, en devenant pleinement acteur de son parcours pour s’adapter aux transformations de l’économie et des marchés. Malgré une dizaine de milliers de certifications éligibles au CPF, la très grande majorité des demandes se concentre en effet sur une poignée de formations. À la lecture du rapport du CNEFOP, on constate que les 5 premières certifications réalisées via le CPF pour les salariés concernent les langues (Bulats, Toeic…) ou des formations standard de bureautique ou d’informatique (TOSA, PCIE..).

On relève également que la plupart des certifications, hormis la VAE qui se classe quatrième de celles réalisées via la CPF, étaient déjà celles des formations DIF. Et puisque l’on évoque l’ancien dispositif, remarquons que 99 % des anciennes heures de DIF capitalisées restent encore inutilisées, seuls 1 % des salariés ayant utilisé leur CPF.

Autre point qui peut interpeller, de nombreuses formations obligatoires relevant de la sécurité (Caces, SST…) sont désormais payées par le CPF : ne s’agit-il pas là d’un dévoiement de la mesure ? Notons par ailleurs que la loi El Khomri a rajouté les permis de conduire et les bilans de compétences dans les certifications éligibles au CPF.

> Un écosystème défaillant

Le CPF s’efforce de trouver ses marques dans un écosystème complexe, notamment en raison de la gestion peu lisible des listes de certifications. Malgré un effort pour améliorer la clarté des informations accessibles, le site Internet du CPF reflète cette complexité pour les usagers.

Toujours sur un plan purement technique, les systèmes informatiques du CPF, des organismes qui le financent et de ceux qui sont censés accompagner les personnes, sont peu ou mal connectés entre eux. Selon le Cnefop, « la crise de croissance est perceptible ».

Les recommandations du Cnefop

Améliorer le « pilotage stratégique » du dispositif est un impératif pour le Cnefop, qui a formulé 16 préconisations dans ce sens.

> Raccrocher le CPF au CEP

L’instance recommande donc un pilotage renforcé du CPF, notamment en restructurant l’information sur la certification et l’offre de formation associée par catégorie de certificateurs. Il faut aussi « raccrocher » le CPF au CEP (Conseil en évolution professionnelle) au moyen d’une campagne d’information des opérateurs de ce dernier, ou en mettant en chantier un cadre national de référence de l’ingénierie du CPF.

En effet, le CEP reste « encore méconnu du grand public », notamment des actifs. Complémentaire du CPF, il a connu une relative montée en puissance en 2016 avec 1,54 million de bénéficiaires (soit le double de l’année précédente). Cependant, comme c’est le cas pour le CPF, il s’agit surtout de demandeurs d’emploi et non de salariés. Parmi les autres recommandations du Cnefop, celle d’intégrer le CEP au sein du site du compte personnel d’activité (CPA) permettrait de mieux le faire connaître et de l’inscrire dans la même dynamique que le CPF.

Au-delà des défauts d’organisation et des faiblesses techniques impactant l’essor du CPF, la solvabilité financière du dispositif est une question que va poser, « à court ou moyen terme » selon le Cnefop, le nombre croissant de demandes de formations. Abondements compris, le CPF a mobilisé 1,8 milliard d’euros en 2016, soit un milliard de plus qu’en 2015. Or il faudra aussi payer pour les indépendants à partir de 2018. Le nouveau gouvernement entendant donner au CPF un rôle majeur dans sa réforme de la formation professionnelle, il lui faudra trouver des solutions pour assurer en la pérennité financière.